Lundi 18 juin 2007, nous avons pu assister à un drôle de spectacle : une occultation en plein jour de Vénus par la Lune. Il est assez fréquent que la Lune, dans son mouvement orbital autour de la Terre, vienne masquer une étoile : les astronomes appellent ce phénomène une occultation.

Occultation de l’étoile Mu Arietis le 22-02-2007 / Photo ASCT-astronomie / Ph Ledoux
Mais si l’occultation d’une étoile est assez courante, par contre l’occultation d’une planète est bien plus rare et attendue à ce titre avec impatience par la petite communauté des astronomes amateurs. L’année 2007 aura été exceptionnellement riche de ce point de vue :
occultation de Saturne les 2 mars et 22 mai, occultation de Vénus le 18
juin !
Pour chacun de ces cadeaux du ciel, la météo normande a bien voulu y mettre du sien et nous avons donc eu la chance de voir ces 3 occultations.
L’occultation de Vénus présentait un aspect sportif supplémentaire pour les astrophotographies : elle avait lieu en plein jour et la luminosité du fond du ciel venait ainsi singulièrement compliquer les prises de vue. Pour améliorer le contraste, nous avons opté pour une webcam Vesta Pro à capteur Noir/Blanc, équipée d’un filtre rouge Meade 25A et d’un filtre IR-cut Astronomik, le tout monté sur une lunette Orion 80 ED. Les meilleures de nos images réalisées avec cette webcam Noir/Blanc ont été ensuite colorisées avec le logiciel Photoshop afin de restituer au mieux l’aspect qu’avaient Vénus et la Lune à l’oculaire de nos télescopes.
Le repérage de Vénus en plein jour a été facile du fait de la proximité du croissant de la Lune, visible à l’oeil nu et nous n’avons donc pas eu à recourir à une technique de localisation à l’aveugle de la planète.

15 h 53 mn 38 sec : Vénus est repérée et centrée dans le télescope
Photo ASCT-astronomie / Ph Ledoux
Il n’y avait plus qu’à attendre l’heure H : la disparition de Vénus derrière la Lune était prévue à 16 h 05 mn pour les observateurs fécampois. Avec la précision habituelle de la grande mécanique céleste, nous avons vu, en dépit de quelques passages de cirrus, le petit croissant de Vénus fondre à vue d’œil, avalé en quelques secondes par la Lune.
Apprécier ainsi de façon tangible le déplacement de la Lune sur son orbite est un spectacle qui frappe toujours les esprits, et cette occultation de Vénus n’a pas fait exception à cette règle : il y avait quelque chose d’à la fois inexorable et de paisible dans cette disparition de Vénus derrière notre satellite.

16 h 05 mn 40 sec : Vénus est déjà bien entamée !
Photo ASCT-astronomie / Ph Ledoux
Une fois Vénus disparue, nous avons effectué une petite simulation avec le logiciel « atlas virtuel de la Lune » afin de prévoir où Vénus réapparaîtrait. Pour Toussaint, Vénus devait émerger au niveau du cratère La Pérouse, à 17 h 23 mn. Il n’y avait plus qu’à placer ce cratère bien au centre du télescope et à attendre l’heure de l’émersion de Vénus.

Photo ASCT-astronomie / Ph Ledoux
Et à 17 h 23, tout aussi précisément qu’avait eu lieu son immersion derrière la Lune, Vénus émergea très exactement en face du cratère La Pérouse.

17 h 23 m 30 sec : émersion !!!!
Photo ASCT-astronomie / Ph Ledoux
Le spectacle de ce lever de Vénus sur la Lune méritait amplement d’avoir sorti télescope et webcam… L’effet de perspective entre ces deux mondes que tout sépare était saisissante : Vénus si lointaine, à 92 millions de km et la Lune, si proche, à 384 500 km. Puis petit à petit, la Lune continuait sa route sur son orbite et abandonnait Vénus derrière elle.
Voilà, l’étreinte de Vénus, la déesse de l’amour, et de Sélène, la déesse de la nuit est maintenant finie. Avec la fin de cette occultation, le temps, un moment suspendu, reprend ses droits.

Photo ASCT-astronomie / Ph Ledoux
Pour autant, le ballet de Vénus et de la Lune n’était pas encore tout à fait terminé puisque le soir, à 23 heures, dans les lueurs du crépuscule, les deux astres se donnaient encore en spectacle, la Lune étant délicatement nimbée de sa lumière cendrée.

Photo ASCT-astronomie / Ph Ledoux |