Son éclat splendide en avait fait dans l'Antiquité
la planète dédiée à la déesse
de l'Amour. Avec ses mensurations presque identiques à
celles de notre Terre (12 104 km de diamètre contre
12 756 km), son atmosphère connue dès 1761,
Vénus a longtemps semblé être une soeur
jumelle de notre propre planète.

Vénus et la Terre
Il a fallu déchanter lorsque les 22 sondes interplanétaires
lancées depuis notre sol sont allées visiter
notre mystérieuse voisine : lorsque 1970, la sonde
soviétique Venera 7 a mesuré la température
de Vénus, ce fut pour découvrir qu'il y faisait
460°... de quoi faire fondre le plomb.... Deux ans plus
tard, la sonde Venera 8 est parvenue à mesurer la pression
au sol : 93 atmosphères, soit l'équivalent de
1000 m d'eau sur votre tête... Aucune sonde n'a jamais
survécu plus de 2 heures à la surface de Vénus

Le sol de Vénus vu par la sonde Venera
La raison de cette écrasante pression et de cette
température épouvantable réside dans
l'épaisse atmosphère qui entoure Vénus
: 97 % de dioxyde de carbone. Ce gaz est irrespirable mais
a la propriété de piéger tous les rayons
infrarouges émis par le Soleil, générant
ainsi depuis des milliards d'années un effet de serre
qui surchauffe l'atmosphère. Dans ces conditions, pas
une seule petite goutte d'eau sur Vénus.
Mais alors de quoi sont donc formés les épais
nuages de Vénus ? Ces nuages brillants ont la particularité
d'être agités de vents terribles qui leur font
faire le tour complet de Vénus en 5 jours, à
la vitesse effrayante de 250 km/h. Leur composition est aujourd'hui
connue : il s'agit de nuages d'acide sulfurique ! Bien évidemment,
lorsqu'il pleut, la chaleur est telle que les gouttes s'évaporent
avant de toucher le sol.

Les nuages de Vénus
Ces conditions extrêmes n'empêchent pas la formation
de neige sur Vénus, une neige bien étrange.
Les images radar fournies par la sonde américaine Magellan
ont mis en évidence l'existence d'un matériau
bizarre sur les plus hauts sommets de la planète, 25
fois plus conducteur que le sol environnant. L'une des hypothèses
plausibles serait qu'il s'agirait d'une fine couche de métaux,
en particulier du sulfure de plomb et du bismuth, qui se seraient
évaporés sous l'influence de l'atroce chaleur
régnant au sol avant de se recondenser en altitude
sous la forme d'un givre métallique

Vue d'artiste
Pour compléter le tableau des bizarreries de Vénus,
sachez qu'elle a la particularité de tourner sur elle-même
à l'envers de toutes les autres planètes du
système solaire (les astronomes parlent d'un mouvement
rétrograde). Il semblerait que la cause en soit l'épaisse
atmosphère qui, à force de frotter sur le sol,
aurait ralenti la rotation de celle-ci au point de lui faire
faire marche arrière. Autre hypothèse : Vénus,
pour une raison inconnue, aurait basculé et se trouverait
aujourd'hui à l'envers, la "tête en bas".
Mais ce ne sont que des hypothèses entre lesquelles
les scientifiques hésitent encore. Toujours est-il
que Vénus est une drôle de planète où
le Soleil se lève à l'Ouest. Un Soleil qui reste
bien pâlichon, noyé dans la lumière glauque
et jaune de l'épaisse atmosphère de Vénus...
Enfin, si Vénus tourne sur elle-même en 243 jours,
elle ne met par contre que 225 jours pour boucler son orbite
autour du Soleil : Vénus est une planète où
l'année est plus longue que le jour !

Autre mystère de Vénus : sa géologie.
Alors que la croûte terrestre est bien connue pour sa
tectonique de plaques, rien de tout celà ne semble
exister sur Vénus dont la surface est d'un seul tenant,
sans aucun mouvement de dérive des continents. La cartographie
radar réalisée par la sonde Magellan a permis
de découvrir qu'autour des hauts plateaux d'Aphrodite
Terra, toute le reste de la surface de Vénus était
constituée d'une morne plaine, parsemée de vastes
bombements probablement d'origine volcanique.

Planisphère de Vénus
Car les volcans parsèment la surface de Vénus
où ils se rassemblent en "points chauds",
correspondant vraisemblablement à des zones de moindre
épaisseur de la croûte vénusienne. Ces
"points chauds" sont entourés d'immenses
champs de lave.

Image radar de la sonde Magellan
Ces champs de lave suggèrent l'existence d'un magma
en fusion sous la croûte vénusienne, comme c'est
le cas sur Terre. Mais en ce cas, le frottement de la croûte
contre ce noyau en fusion devrait générer un
champ magnétique, comme sur Terre, par un effet analogue
à celui de la dynamo d'un vélo. Or, Vénus
ne possède pas de champ magnétique : son noyau
s'est-il déjà refroidi et est-il devenu trop
visqueux ? Vénus tourne-t'elle trop lentement pour
que la dynamo fonctionne efficacement ? La croûte de
la surface vénusienne est-elle trop souple et amortit-elle
les frottements ? Les scientifiques de l'Agence Spatiale Européenne
espèrent que leur sonde Vénus Express apportera
en 2005 quelques réponses à ces questions.
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