L'observation de Vénus au télescope ne se fait
pas n'importe quand : au moment de la Nouvelle Vénus,
circulez, il n'y a rien à voir puisque Vénus
nous présente sa face noyée dans la nuit. Et
au moment de la Pleine Vénus, attention à vos
yeux ! La proximité du Soleil interdit absolument toute
observation sans filtre adapté. Et même avec
un tel filtre, il n'y a pas grand chose à observer,
Vénus étant, d'une part, noyée dans la
lumière du Soleil et d'autre part au minimum de diamètre
apparent dans un télescope.

En fait, les bons créneaux d'observation de Vénus
obéissent à quelques règles simples,
imposées par les lois de la mécanique céleste,
ainsi que nous allons le voir ci-dessous.
Comme Mercure, l'orbite de Vénus est située à
l'intérieur de celle de la Terre : il en résulte
des figures géométriques appelées conjonction
inférieure, élongation maximale, conjonction supérieure. En
pratique :
--- la conjonction inférieure correspond au moment où
Vénus est entre le Soleil et la Terre. En 2004, la conjonction
inférieure aura lieu le 8 juin. La conjonction inférieure
correspond à la phase de la Nouvelle Vénus.
--- l'élongation maximale correspond au moment où
Vénus, vue depuis la Terre, présente un angle
maximum par rapport au Soleil. En 2004, l'élongation
maximale à l'Est du Soleil aura lieu le 29 mars. A
ce moment là, Vénus est en croissant.
--- la conjonction supérieure correspond au moment où
Vénus est placée de l'autre côté du Soleil.
Sa phase est alors Pleine.

Au moment de la conjonction inférieure, la distance Vénus
- Terre n'est que de 41 millions de kilomètres : le diamètre
apparent de Vénus est alors maximal. Côté
phase, c'est alors la Nouvelle Vénus et l'étoile
du Berger est invisible depuis la Terre. Une seule exception,
mais de taille : lorsque Vénus passe pile devant le
Soleil, comme ce sera le cas le 8 juin 2004. Vénus
est alors visible en plein jour, se détachant en ombre
chinoise sur le disque solaire, où elle a l'apparence
d'une tache solaire géante.

Au moment de la conjonction supérieure, la distance Vénus
- Terre atteint 258 millions de kilomètres, soit 6,3 fois
plus que lors de la conjonction inférieure : le diamètre
apparent de Vénus est alors 6,3 fois plus petit qu'au
moment de la conjonction inférieure. La vision de Vénus
à l'oculaire varie donc fortement avec la distance.

Au centre, Vénus lors de la conjonction inférieure.
A chaque extrêmité du schéma, la conjonction
supérieure
Mais au moment de la conjonction supérieure, attention
les yeux ! Vénus est alors bien trop proche du Soleil
pour être observée au télescope sans risque
! Des filtres solaires spéciaux sont alors rigoureusement
indispensables si vous tenez à vos rétines,
soit sous la forme d'une feuille de papier aluminée,
type Astrosolar Baader (image de gauche), soit sous forme
d'un filtre de verre aluminé placé à
l'entrée du tube du télescope (image de droite).
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Appareils photos équipés d'Astrosolar |
Filtre aluminé à l'entrée du
télescope |
Pour observer Vénus à nouveau sans risque pour
vos yeux, il faut attendre que son élongation augmente,
c'est à dire qu'elle s'écarte suffisamment du
Soleil. Semaine après semaine, au fur et à mesure
que l'élongation augmente, Vénus grimpe au-dessus
de la ligne d'horizon de l'observateur terrestre, ce qui améliore
les conditions d'observation. La meilleure période
pour l'astronome amateur correspond à l'élongation
maximale.
Sur le plan de la mécanique céleste, l'élongation
correspond à l'angle apparent qui sépare Vénus
et le Soleil, vus depuis la Terre. Les astronomes parlent
d'élongation orientale lorsque Vénus se trouve
à l'Est du Soleil et d'élongation occidentale
lorsque Vénus se trouve à l'Ouest du Soleil.
Dans le premier cas, Vénus est Etoile du Soir, et elle
suit le coucher du Soleil. Dans le second cas, elle est Etoile
du Matin et précède le lever du Soleil. Durant
ce printemps 2004, l'élongation de Vénus sera
donc orientale, sa valeur maximale étant atteinte le
29 mars avec 46° à l'Est du Soleil.

L'horizon après le coucher du Soleil
Avec une élongation supérieure à 40° pendant 3 mois (du 4
février au 2 mai), la planète restera bien visible après le
coucher du Soleil pendant une longue période. Cependant, en
mai l'élongation diminue rapidement et le 2 juin, il ne reste
plus qu'un angle de 10° entre le Soleil et Vénus. Dans les
conditions normales d'observation, ce sera trop peu pour rechercher
la planète après le coucher du Soleil car sa hauteur au-dessus
de l'horizon sera alors beaucoup trop faible. En effet, la
notion d'élongation conditionne celle de hauteur au-dessus
de l'horizon, cette dernière notion ayant un intérêt
pratique bien plus important pour l'astronome amateur : en
effet, les basses couches de l'atmosphère sont souvent encombrées
de bancs de brume, très turbulentes et il est bien
difficile d'y observer quoique ce soit avec un télescope.
Avant de sortir son télescope, il est donc indispensable
de connaître la hauteur de la planète au-dessus de l'horizon
après que le Soleil se soit couché. Il faut attendre par ailleurs
environ 1/2 heure après le coucher du Soleil pour que
ce dernier soit à 5° sous l'horizon et que le crépuscule
s'installe. A ce moment, les étoiles les plus brillantes commencent
à s'allumer dans le ciel et Vénus devient très
facilement repérable.

L'horizon après le coucher du Soleil
Dans ces conditions, c'est le 28 mars 2004 que Vénus
atteindra sa plus grande hauteur au-dessus de l'horizon. Au
cours des mois suivants, cette valeur va décroître rapidement
et le 27 mai, 32 minutes après le coucher du Soleil, l'étoile
du Berger ne sera plus qu'à 9° de hauteur, engluée
dans les basses couches de notre atmosphère. Diamètre
apparent, phase, hauteur dans le ciel : les bons moments pour
observer Vénus résulteront donc d'un compromis
entre tous ces facteurs.

Le grand cycle qui règle le retour des phases de Vénus
dans le ciel de l'observateur terrestre dure très exactement
584 jours ou 19 mois : l'Etoile du Berger est une étoile
du matin pendant neuf mois et demi, puis une étoile
du soir pour la même durée. Attention à ne pas confondre
ce cycle, appelé révolution synodique, et qui
n'intéresse que les observateurs terrestres, avec la
période de révolution sidérale de Vénus
sur son orbite autour du Soleil. Si vous êtes un peu
paumé dans les notions de révolution
sidérale et de révolution synodique, consultez
les petits schémas que nous vous avons concoctés.
Ce cycle de 19 mois est totalement indépendant des
saisons terrestres, et il serait faux d'espérer revoir
Vénus dans le ciel tous les ans à la même
période. Bien voir Vénus au télescope
suppose qu'elle soit parfaitement dégagée de
toutes les brumes et turbulences qui encombrent l'horizon
de l'observateur, tout particulièrement en Normandie.
La hauteur de Vénus au-dessus de l'horizon dépend
uniquement de l'inclinaison de l'écliptique, ce chemin
de ronde des planètes en orbite autour du Soleil.

Les orbites des planètes du système solaire

Toutes les orbites sont à peu près dans le
même plan : l'écliptique
L'inclinaison de l'écliptique est sujette à
des variations saisonnières : à l'automne, l'écliptique
reste désespérément scotchée sur
l'horizon pour se redresser ensuite lentement et atteindre
au printemps son point culminant au-dessus de l'horizon.

L'écliptique le jour de l'automne

L'écliptique le jour du printemps
Ce redressement progressif de l'écliptique est tout
bêtement dû au lent déplacement du globe
terrestre sur son orbite autour du Soleil, modifiant ainsi
petit à petit notre point de vue sur le système
solaire. Au fils des saisons, l'écliptique s'éloigne
puis se rapproche de l'horizon comme le montre le schéma
ci-dessous.
Ecliptique et ligne d'horizon au fil des saisons
En clair, si l'élongation maximale de
Vénus se produit à l'automne, vous êtes
refaits : même au plus haut de sa course dans le ciel,
Vénus restera désespérement coïncée
dans les brumes qui encombrent si souvent l'horizon en Normandie
!!!!! D'où l'intérêt de cette année
2004 où, coup de pot, l'élongation maximale
de Vénus a lieu au printemps lorsque l'écliptique,
sur laquelle circulent les planètes, passe au plus
haut dans le ciel. |