Durant le mois de Juillet 2000, la comète C/1999 Linear
S4, a traversé les constellations de Persée, de la
Girafe et de la Grande Ourse, avant de se désintégrer
sous les yeux des astronomes amateurs ébahis. Trop faiblement
lumineuse pour être visible à l'oeil nu, cette petite
comète était cependant parfaitement repérable
avec un petit télescope ou bien une petite lunette astronomique.

La première photo de la comète C/1999 Linear S4
effectuée le 21 Juillet 2000 par le club d'astronomie de
Toussaint. Pose de 5 secondes, en mode bining x 1, avec une caméra
CCD HX 516 placée au foyer du télescope de 500
mm de l'observatoire du centre
d'astronomie du Briançonnais (le CABRI pour les intimes)

Nette amélioration ...
Cette petite comète doit son nom au télescope qui
l'a découverte le 27 Septembre 1999, en l'occurrence un télescope
professionnel de 1 m de diamètre, spécialisé
dans l'observation automatisée des astéroïdes
passant près de la Terre, le LIncoln Near Earth Astéroïdal
Research (=LINEAR). Depuis sa mise en service, ce télescope
agace d'ailleurs beaucoup les astronomes amateurs, qui voient baisser
à vue d'oeil leurs chances de laisser leur nom à une
comète comme le firent Mr Hale et Bopp en 1997 ...
L'apparition de la comète Linear S4 : lors de son passage
à côté de la galaxie NGC925, le 24 Décembre
1999, on la distingue sous la forme du petit trait un peu flou (ce
qui révèle déjà la présence d'une
queue) en haut à droite du cliché. Photographie réalisée
par Sylvain Rondi avec
une caméra CCD Audine. Compositage de 26 images avec
le logiciel IRIS
Mais d'où venait Linear S4 ? Comme toutes les comètes,
cette petite boule de neige sale gravitait au fin fond du système
solaire, bien au-delà de la planète Pluton, jusqu'à
ce que, pour une raison inconnue, elle décroche de son orbite
pour se rapprocher du Soleil, se réchauffant au fur et à
mesure de son approche. C'est ce réchauffement qui explique
l'évaporation de la glace enrobant le noyau de la comète,
donnant ainsi naissance à la queue de la comète.
La comète Linear S4 et sa queue, photographiées
au Havre le 25 Juin 2000 à 00 H 20 TU par Ph
Baudouin, Société Astronomique du Havre avec une
caméra CCD Audine et un télescope Vixen 200/800. Compositage
de 7 poses de 30 secondes en mode binning x 1. La longueur
de la queue de la comète est estimée à 6 mn
d'arc
La queue de la comète Linear S4 photographiée le
22 Juillet 2000 par Jure
Skvarc, Bojan Dintinjana, Herman Mikuz, depuis l'observatoire Crni
Vrh, en Slovénie Le suivi ayant été réalisé
sur le noyau de la comète, le rapide déplacement de
celui-ci est responsable de la déformation en traînées
des étoiles qui entourent Linear S4
La comète Linear S4 avait la particularité
d'être extrêmement rapide. Lorsque la comète
a été détectée, le calcul de ses éléments
orbitaux indiquait qu'elle suivait une orbite qui la ramènerait
dans le voisinage du Soleil au bout de 21 millions d'années.
Après son passage au plus près du Soleil (= périhélie),
la période était dégringolée à
49 000 ans, témoignant de la fantastique accélération
subie par la comète, ainsi que le montre l'image ci-dessous
:
Le déplacement de Linear S4 toutes les 10 secondes
: compositage de 7 poses de 5 secondes chacune, effectuées
en mode bining x 1, le 21 Juillet 2000, à 01 H 15 TU, avec
la caméra CCD HX516 du club d'astronomie de Toussaint au
foyer du télescope de 500 mm de diamètre de l'observatoire
du centre d'astronomie du Briançonnais
C'est vraisemblablement cette extrême rapidité du
mouvement de la comète, associée à la fragilité
de son noyau, qui explique la fin de Linear S4.
Déjà, le 7 Juillet, le télescope spatial Hubble
avait réussi à photographier la désagrégation
d'un fragment du noyau de la comète (cf cliché de
droite).

Mais lorsque le 24 Juillet 2000, l'astronome Mark Kidger regarde
les photos qu'il vient de faire à travers le télescope
de 1 m de diamètre des îles Canaries, il a une sacrée
surprise : l'éclat de la comète a fortement diminué
et la longue queue observée la veille est désormais
invisible. Le lendemain, il constate clairement que la chevelure
de la comète s'est allongée, prenant la forme d'un
gros cigare. Le noyau de Linear S4 serait-il en train de se briser
?

Le 27 Juillet, ses soupçons s'étant confirmés,
Mark Kidger prévient l'Union Astronomique Internationale.
En astronomie, lorsqu'un événement spectaculaire se
produit, les astronomes de la planète entière se mobilisent
afin de recueillir un maximum d'informations sur le phénomène.
Le 5 Août, le télescope spatial Hubble braque donc
à nouveau ses caméras vers la comète à
l'agonie, et zoome sur son noyau, dont il confirme alors la désintégration
en une myriade de petits fragments qui forment autant de mini-comètes.

Le 6 août 2000 en soirée, à la demande de l'équipe
qui avait réalisé la veille le cliché d'Hubble,
le puissant télescope de 8 m Antu du VLT (Very Large Telescope),
au Chili, a réussi à obtenir une image montrant une
douzaine de fragments.

Crédit : ESO / VLT & STS
Déjà, par rapport à la photo prise la veille
par Hubble (image couleur en médaillon), on peut constater
que la disposition des fragments a changé, certains morceaux
ayant disparu tandis que d'autres sont apparus. La chevelure de
Linear S4 ne montre pour sa part plus aucun fragment brillant :
aucun morceau n'est plus assez gros pour être mis en évidence.
Chacun de ces petits fragments de comète va s'éloigner,
à la vitesse d'environ 10 km/h, pour disparaître dans
l'immensité glacée de l'espace. Ainsi meurent beaucoup
de comètes ...
Pour plus d'images de cette étonnante comète, n'hésitez
pas à aller visiter le site internet de Bob
Yen, astronome amateur de haut vol. Les chouettes animations
du mouvement de la comète, réalisées par Didier
Favre valent également le détour, leur téléchargement
en étant cependant un peu plus long. |