page réalisée avec la complicité
de Christophe Marlot, qui a fourni le knout
Photographier les Léonides constitue un exercice à la portée d'un
astrophotographe débutant, même si la pellicule fixera toujours
moins d'étoiles filantes que votre oil n'en verra.
Par contre, si les étoiles filantes les moins lumineuses ne peuvent
impressionner le film, par contre les bolides très brillants,
de magnitude négative, sont plus faciles à capter. L'essaim des
Léonides présente justement la particularité d'être très riche en
gros bolides et, de ce fait, constitue une cible idéale pour un
débutant
Photo Christophe
Marlot : deux Léonides passant à droite des Pléiades
et de Jupiter
La bonne planque :
La pollution lumineuse : voilà l'ennemi. Pollution lumineuse due
aux éclairages urbains, pollution lumineuse due à la Lune. Si la
deuxième pollution est inévitable, la première est plus facile à
éliminer : sautez dans votre voiture et allez planter votre appareil
photo à quelques kilomètres de tout village et de toute route nationale
Prenez de la hauteur : une petite colline vous donnera plus de
chances d'être perchés au-dessus des brumes qui précèdent si souvent
l'apparition de l'aube en Normandie, tout particulièrement au mois
de novembre. Ce point n'est pas à négliger : la lumière de la Lune
et de la pollution lumineuse diffusera d'autant plus qu'il y aura
de la brume. Sur votre colline, avec un peu de chance, vous serez
non pas dans mais au-dessus de la brume. Pour la même raison, fuyez
les rivières et les bordures de forêt qui attirent le brouillard
comme le miel attire les mouches
Quel matériel faut-il emmener ?
L'appareil photo : un boîtier reflex 24 x 36 mm à objectif interchangeable,
capable de faire une pose longue (pose B ou mode Bulb selon le type
d'appareil photo) Un objectif de faible focale (28 à 50 mm)
Un trépied fixe bien stable (gare aux rafales de vent ...). Pour
plus de stabilité, vous pouvez lester votre tépied
avec un sac empli de cailloux.

Photo ASCT-section astronomie
Un déclencheur photographique souple afin d'éviter les vibrations
dues au déclenchement de la pose photo
Une lampe de poche peinte au vernis à ongles rouge afin
de prendre des notes sans vous éblouir les yeux Un carton
noir pour occulter votre objectif photo sans faire de vibrations.

Photo ASCT-section astronomie
Pensez à prendre des piles de rechange : l'humidité et la fraîcheur
de la nuit pompent rapidement de l'énergie, tout particulièrement
l'électronique des appareils les plus modernes.
Des vêtements chauds, une bouteille thermos, des biscuits :
la nuit, en plein mois de novembre, çà ne rigole pas
!
Facultatif : une monture de télescope équatoriale motorisée, si
vous en avez une, afin de prolonger plus longtemps vos poses
photos sans être embêté par la dérive
apparente des étoiles dans le ciel, entraînées
par la rotation de la Terre.

Photo ASCT-section astronomie
Quel film photo ?
Un film couleur d'une sensibilité 800 ISO semble être
un bon compromis afin de tenter de capter un maximum de Léonides.
Des films de 1600 et 3200 ISO existent aussi mais n'oubliez pas
une chose : si un film plus sensible fixera plus facilement les
Léonides moins brillantes, il fixera également plus facilement la
pollution lumineuse du ciel.

Par expérience personnelle, en Normandie, un film de 3200 ISO est
à déconseiller sous peine de voir le fond du ciel devenir jaune
pisseux dès que le temps de pose atteint 2 ou 3 minutes. Avec un
film de 800 ISO, en Normandie, on peut taper entre 10 et 20 minutes
lorsque la qualité du ciel est bonne. Mais en cas de présence de
la Lune, il vaudra mieux vous limiter à un grand maximum de 5 minutes
de pose, voire moins en cas de brume (2 minutes par exemple), afin
d'éviter que le fond du ciel ne soit trop voilé par la pollution
lumineuse sur votre photo, comme ci-dessous :

Sur ce cliché de 6 mn, la Lune était
pourtant en dehors du champ photographié ... notez également
les halos secondaires ...
Quels réglages ?
Débrayez tous les automatismes en mettant votre appareil en mode
manuel
Réglez votre objectif à la focale la plus faible afin d'embrasser
la plus vaste portion de ciel possible
Réglez le diaphragme de votre objectif photo à sa valeur d'ouverture
minimale (plus le rapport d'ouverture est faible, par ex 1.8, et
plus votre objectif photo sera ouvert, emmagasinant plus rapidement
la lumière)
D'ordinaire, les astrophotographes ne conseillent pas de pointer
l'appareil photo sur le radiant de la constellation du Lion, qui
constitue généralement un angle mort dans l'apparition des étoiles
filantes, mais ils conseillent plutôt de viser une zone située
30 degrés à gauche, au-dessus ou à droite de la constellation. Mais
dans le cas d'une tempête d'étoiles filantes (et alors,
on a bien le droit de rêver, non ?), le nombre de météores
sera tellement énorme qu'un objectif photo grand angle pointé
sur le radiant aura de bonnes chances de donner des images exceptionnelles.

Si vous souhaitez photographier vers l'Ouest, faites-le en pointant
votre appareil largement à distance de la Lune. Sur les images,
le halo lumineux de la Lune occupe parfois un tiers de l'image !
Néanmoins, il y aura forcément des étoiles filantes ou des bolides
à proximité de la Lune et l'effet sera peut-être, en ce cas, extrêmement
artistique et sympathique. Un choix à faire ! Mais un choix à
haut risque ...
Quel temps de pose ? Tout dépendra du type de film photo employé,
ainsi que de la qualité de votre ciel et, bien évidemment, de l'intensité
de l'activité météoritique En cas d'activité faible, on se contentera
de poses de 8 à 10 minutes, afin de limiter la montée du voile du
fond du ciel, dans l'attente de mieux ! Puis on passera à des poses
plus courtes (5 minutes ou moins) si l'activité des Léonides "explose",
au moment du pic maximal. N'oubliez pas une petite règle élémentaire
: la rotation de la Terre donnera aux étoiles du ciel une forme de
traînée sur votre photo dès que votre temps de pose T dépassera 60
/ F où F est la valeur de la focale de votre objectif photo, exprimée
en cm, et T le temps de pose exprimé en secondes. Par exemple, avec
un objectif de 30 mm, si vous voulez que vos étoiles restent bien
ponctuelles, limitez vos temps de pose à 60 / 3 = 20 secondes.
Mais vous pouvez tout à fait choisir de poser plus longtemps, vos
photos n'en seront pas forcément plus inesthétiques .

Le seul moyen d'avoir le beurre et l'argent du beurre est de fixer
votre appareil photo sur la monture équatoriale d'un télescope et
de vous servir de la motorisation de ce dernier pour compenser la
rotation de la Terre et suivre vos étoiles. Vous aurez alors la
possibilité de faire de longues poses tout en gardant les étoiles
des constellations bien ponctuelles sur votre photo finale.

En cas de gros bolide extrêmement lumineux, vous pouvez
interrompre votre pose mais attention : ces bolides sont très rapides,
et parfois trop pour que leur trace sur la photo soit aussi spectaculaire
que leur vision à l'oil nu. Un bon exemple ci-dessous :

Un bolide dans Orion ... discret dans le coin en bas à droite !
Pose stoppée à 6 minutes, sur Fuji superia 800, objectif de 24 mm
FD 2.8. Le mouvement très rapide de l'étoile filante donne un résultat
très faible sur la photo, bien qu'elle ait été d'un éclat pratiquement
égal à celui de l'étoile Sirius, l'étoile la plus brillante du ciel.
Deux autres Léonides sporadiques, de magnitude 1 ont été vues au
même moment mais n'ont même pas réussi à impressionner la pellicule.
Notez également le reflet de la Lune ...
Conclusion, ne criez pas victoire trop vite si une
étoile filante passe le champ : n'arrêtez une pose photo
que lorsque vous êtes certain qu'une Léonide de magnitude largement
négative est passée dans le champ, sinon, déception à venir lorsque
votre photographe vous rendra vos clichés après leur développement
!

Quelques ultimes conseils :
Utilisez un carton noir pour procéder à une occultation manuelle
de votre appareil photo, sous peine de courir le risque d'avoir
une photo floue à cause des vibrations entraînées par le déclenchement
de l'appareil photo. La procédure à suivre est très simple :
Masquez l'objectif photo avec le carton noir
Déclenchez la pose photo au moyen du déclencheur souple
Attendez quelques secondes que les vibrations s'estompent
Démasquez votre objectif photo
Une fois la pose photo terminée, remasquez l'objectif avec votre
carton puis mettez fin à la pose avec votre déclencheur souple
Pensez aussi à vérifier régulièrement si de la buée ne s'est pas
déposée sur votre objectif photo. Si tel est le cas, un petit coup
de chiffon doux ou mieux encore de sèche-cheveux vous permettra
alors de poursuivre tranquillement votre séance photographique
N'oubliez pas les rémanents : les bolides les plus lumineux peuvent
laisser dans le ciel une traînée durant plusieurs minutes. Cette
traînée est appelée "rémanent".
N'hésitez pas, en pareil cas, à faire toutes les minutes une pose
de 20 ou 30 secondes sur cette traînée tant que votre oil la distinguera.

Enfin, der des der : un beau cliché repose souvent sur la présence
d'un premier plan choisi avec soin. Ce critère n'est pas
le moindre dans le choix de votre poste d'observation ..

Mesurer la vitesse d'un bolide ?
Il s'agit là d'une manipulation un peu plus pointue mais
à la portée d'un astrobricoleur normalement doué
de ses 10 doigts : la règle du jeu consiste à interposer
entre l'objectif photo et le ciel un obturateur rotatif tournant
à vitesse constante : l'occultation de l'appareil photo est
ainsi effectuée à intervalles réguliers. Il
vous suffit alors de compter le nombre d'occultations venant interrompre
la traînée d'un bolide pour en connaître le temps
qu'il a mis pour traverser le ciel.

Photo tirée de l'encyclopédie Astronomia |