
Qu'est-ce que c'est ?
Les Léonides reviennent tous les ans, au mois de novembre. Ce sont
des petites météorites qui viennent brûler dans l'atmosphère de
la Terre lorsque leur orbite croise celle de notre planète, en donnant
de belles étoiles filantes.

L'entrée des Léonides dans l'atmosphère, vue par
le satellite MSX
Photo Jenniskens / NASA /Ames / APOD
En fait, aucune de ces météorites n'est assez grosse pour toucher
le sol de la Terre : elles se consument toutes, très haut dans l'atmosphère,
à plusieurs dizaines de kilomètres au-dessus de nos têtes. Leur
brutale entrée dans notre atmosphère génère une ionisation violente
des molécules composant cette dernière : ionisée, l'atmosphère située
sur le trajet de la météorite devient alors intensément lumineuse,
produisant dans le ciel l'étoile filante que nous observons.

Schéma 1 : à 100 000 mètres au-dessus de vos têtes
Les Léonides sont de toutes petites météorites, de la taille d'un
grain de sable à une orange pour les plus grosses d'entre elles.
La majeure partie de ces petites poussières de l'espace ne mesure
que quelques dizièmes de millimètres comme le montre la photo ci-dessous.

Une léonide vue au microscope
D'où viennent-elles ?
Ces météorites ont été abandonnées derrière elle par une comète,
appelée 55 P/Tempel-Tuttle.C'est le 19 décembre 1865 qu'Ernst Wilhelm
Liebrecht Tempel découvrit depuis Marseille cette comète : il annonça
avoir trouvé dans la constellation de la Grande Ourse un objet flou
et rond, avec une queue d'envrion 30 minutes d'arc de long. Sa découverte
fut confirmée le 6 janvier 1866 par Horace Parnell Tuttle, astronome
du Harvard College Observatory, dans le Massachusetts. C'est ainsi
que la comète fut baptisée de leurs deux noms et appelée comète
Tempel-Tuttle.

La comète 55P/Tempel-Tuttle photographiée en 1998
par l'observatoire NAO (Japon)
En fouillant dans d'anciennes chroniques, les astronomes acquirent
la certitude que cette même comète avait déjà été observée en 1366
et en 1699. Avec ces différents éléments, on parvint à calculer
l'orbite de Tempel-Tuttle et à montrer que tous les 33 ans, l'orbite
de cette comète l'amène à proximité du Soleil, avant qu'elle ne
reparte très loin dans le système solaire, jusqu'au niveau de l'orbite
de la planète Uranus. Son dernier passage date du 28 février 1998.

Schéma 2 : l'orbite de 55 P/Tempel-Tuttle
Au fil des siècles, la comète a ainsi semé derrière elle, lors
de chacun de ses passages, plusieurs nuages de météorites que la
Terre croise tous les ans au mois de novembre. Mais il a fallu attendre
l'année 1867 pour en avoir la certitude, grâce au célèbre astronome
italien Schiaparelli qui parvint à prouver que les pluies d'étoiles
filantes des Léonides de 1833 et 1866 correspondaient parfaitement
avec l'orbite de la comète 55 P/Tempel-Tuttle. Si votre ordinateur
est équipé d'un plugin comme Quick Time ou Média Players,
vous pouvez visualiser, en cliquant sur l'image ci-dessous, une
animation montrant la Terre en train de croiser l'essaim de météorites
des Léonides. Attention, c'est un peu long à télécharger : 552 Ko.

Schéma 3 : la Terre croise les météorites de la
comète 55P/Tempel-Tuttle
On appelle cet essaim d'étoiles filantes "Léonides" parce que toutes
les étoiles filantes semblent provenir d'un même point du ciel,
situé dans la constellation du Lion.

Schéma 4 : la constellation du Lion, le 19 novembre
2002 à 04 H TU
Ce point est appelé le radiant de l'essaim d'étoiles filantes.
Schéma 5 : le radiant d'un essaim d'étoiles filantes
Novembre 2002 : le dernier grand cru des Léonides
La Terre a traversé successivement, en novembre 2002, les
nuages météoritiques laissés par la comète lors de ses passages
de 1767 et de 1866, ce qui a donné 2 pics d'activité maximale
des Léonides : le premier pic s'est produit le 19 novembre aux alentours
de 04 H TU ( c'est à dire 5 H en heure d'hiver), au-dessus de l'Europe
de l'Ouest lorsque la Terre a rencontré le nuage météoritique
de 1767. Le deuxième pic concernait les USA, vers 10 H 30 TU et
était dû aux météorites du passage de 1866 de la comète 55
P/Tempel-Tuttle.

Schéma 6 : les veines météoritiques de la comète
55P/Tempel-Tuttle et l'orbite de la Terre
Le nombre d'étoiles filantes prévu par les premières simulations
informatiques promettait d'être absolument exceptionnel : entre
3000 et 5900 étoiles filantes à l'heure pour l'Europe. En clair,
beaucoup d'astronomes s'attendaient à une véritable tempête d'étoiles
filantes. D'autres astronomes, dont ceux de l'équipe française
de J. Vaubaillon, pensaient que les Léonides de 2002 ne seraient
pas aussi denses. Ce sont ces derniers qui ont vu juste.

L'exceptionnelle tempête d'étoiles filantes de
novembre 1966
Pourquoi de tels écarts entre les prédictions et
la réalité ? Les prévisions sont toujours entachées
de beaucoup d'incertitudes. Incertitudes dans l'exactitude des modèles
mathématiques de simulation. En effet, beaucoup de paramètres doivent
être pris en compte : si les années de passages de la comète 55
P/Tempel-Tuttle sont désormais bien connues, par contre les annales
ne conservent pas toujours une trace très précise des anciennes
pluies d'étoiles filantes, de leur heure exacte et surtout de leur
intensité. Difficile dans ces conditions d'estimer l'importance
des nuages météoritiques que la Terre va croiser sur son orbite,
ces nuages se dispersant petit à petit dans l'espace au fil des
siècles.
D'autant plus que plusieurs facteurs viennent modifier la position
des nuages de météorites : la pression exercée par les flux de particules
irradiées par le Soleil (= le vent solaire) tend à repousser les
météorites un peu plus loin chaque année. Les traînées météoritiques
laissées lors des passages les plus anciens de la comète ont alors
tendance à se diluer petit à petit dans l'espace. De même, l'attraction
gravitationnelle des grosses planètes comme Jupiter n'est pas sans
incidence sur l'orbite du nuage de météorites et sur leur dispersion
dans l'espace.

Schéma 7 : les prévisions selon 3 équipes indépendantes
d'astronomes
Prévisions 2002 de Asher & Mc Naught, de Lyytinen & Van
Flandem ,et de Jenniskens
Et surtout les estimations sont à adapter en fonction de vos conditions
d'observation. Quand on annonçait pour le cru 2002 un taux
de 5900 étoiles filantes à l'heure, il faut savoir qu'il s'agissait
là d'un taux valable au zénith, c'est à dire pile à la verticale
au-dessus de votre tête, dans un ciel parfaitement pur, bien noir
et dénué de toute pollution lumineuse. Ce qui avait bien peu de
chances d'être le cas le 19 novembre 2002 :
tout d'abord parce que la constellation du Lion n'était
pas au zénith mais à 55 degrés au-dessus de l'horizon Sud-Est.
ensuite parce que la Lune était ce jour-là presque
pleine, masquant ainsi les étoiles filantes les plus faibles.
enfin parce que la Normandie, en plein mois de novembre, n'est
pas vraiment la région idéale pour ce qui est de la transparence
: il y avait pas mal de brume et de nuages bas qui ne permettaient
de voir que les étoiles filantes les plus lumineuses. Coup de pot
: les Léonides ont la particularité d'être extrêmement riches en
bolides très brillants, laissant derrière eux une traînée verdâtre
qui peut persister plusieurs secondes, avant que les vents ne les
disloquent. Il y avait donc malgré tout du grand spectacle
dans l'air, même pour les observateurs fécampois.
Photographies de plusieurs bolides tirées de l'album
photo du
site Science & NASA
Grosso modo, en raison de la présence de la Lune, on a pu voir
le 19 novembre 2002 en haute montagne 350 étoiles filantes / heure,
soit une étoile filante toutes les 10 secondes.

Par contre, sur la plaine normande, avec un petit voile de brume,
il a fallu se contenter d'une bonne centaine d'étoiles filantes
/ heure soit, pour le même phénomène, une étoile filante toutes
les 30 secondes, ce qui constitue déjà un bien joli spectacle, sans
nul doute le plus impressionnant qui soit après celui d'une éclipse
de Soleil.

Une belle Léonide
Pour mettre plus de chances de son côté, il ne fallait pas hésiter
pas à prendre sa voiture et à faire quelques dizaines de kilomètres
afin de s'éloigner de la lumière des villes. Par ailleurs, bien
que pratiquement pleine, la Lune était cependant assez basse
sur l'horizon, environ 18 degrés au-dessus de l'horizon normand.
On pouvait donc, sans trop de difficulté, planquer son poste d'observation
derrière une maison afin qu'elle masque la Lune : autant d'étoiles
filantes visibles en plus ! Pour la brume, nous avons essayé, un
soir de fiesta passablement arrosée, de braquer vers le ciel toute
une batterie de sèche-cheveux : le résultat n'a pas été tout à fait
à la hauteur des espérances conçues sous l'emprise de l'alcool ...
si vous avez une meilleure idée, faites-nous signe. La médaille
du grand scoubidou astronomique toussaintais sera décernée aux meilleures
suggestions.

PhotoWalter
Pacholka : une Léonide passe juste à côté de l'amas d'étoiles
des Pléiades
En tout état de cause, il ne fallait pas louper le spectacle du
19 novembre 2002 car il s'agissait de la dernière possibilité de
pluie d'étoiles filantes avant de très nombreuses décennies.
Un petit sursaut d'activité pourrait se produire le 13 novembre
2003 tandis que la Terre traversera une zone où traîneraient quelques
particules piégées par la planète Jupiter, mais le taux zénithal
horaire ne dépasserait pas 100 étoiles filantes à l'heure. Selon
Asher & Mc Naught, une autre possibilité, avec un taux horaire
équivalent d'une centaines d'étoiles filantes à l'heure, se produira
en 2006 lorsque la Terre traversera un petit nuage de météorites
émises en 1932 par la comète 55 P/Tempel-Tuttle. Puis les Léonides
sombreront dans l'oubli pendant 30 ans, avec guère plus de 10 à
15 Léonides par heure au mois de novembre de chaque année. Il faudra
attendre ensuite 2035, 2098 ou 2131 pour avoir une petite chance
de revoir une tempête d'étoiles filantes digne de ce nom.

Les Léonides de 1833 au dessus des chutes du Niagara.
Illustration tirée du "Bilderatlas der Sternenwelt" d'Edmund Weik
en 1892.
Mais si vous voulez d'ores et déjà savoir à quoi ressemble une
pluie d'étoiles filantes, les somptueuses
photos des Léonides 2001 devraient vous ravir ... Et si vous
souhaitez profiter des Léonides pour réaliser vos premières astrophotos,
jetez un coup d'oeil sur notre page de conseils
pour réussir vos photos des étoiles filantes.
Pour tout savoir sur les Léonides,
ne manquez pas l'incontournable site de Christophe Marlot. C'est
une mine fabuleuse de renseignements qui font de ce site Internet
l'un des meilleurs sites d'astronomie d'amateur français.

Enfin, si la météo est vraiment trop bouchée pour vous permettre
de voir les Léonides, vous avez la ressource de les entendre sur
votre poste radio : lorsqu'un bolide passe au-dessus de votre tête,
il entraîne fréquemment des parasites qui peuvent être assez facilement
captés en ondes courtes. Un exemple, sous forme d'un petit fichier
wav de 143 Ko, est à votre disposition : écoutez
les Léonides !
Côté bande son, vous pouvez aussi retrouver l'ambiance
échevelée d'une nuit de tempête d'étoiles
filantes grâce à Christophe Marlot qui a enregistré
durant une minute ses tentatives (désespérées)
de décompte des météores lors des Léonides
de 2001"
http://www.astrosurf.com/carnets-astronome/leonides/leonides2001_coree_son.htm. |