Depuis les travaux de 1772 de l'astronome allemand Johann Elert
Bode, tous les astronomes s'interrogeaient sur cette planète
hypothétique : Bode avait en effet trouvé que les
positions des planètes du système solaire connues à
l'époque s'accordaient avec une loi empirique découverte
en 1766 par le mathématicien Johann Daniel Tietz (qui signait
ses travaux du pseudonyme latin Titius).

J.E. Bode (1747-1826)
La loi de Titius-Bode s'établit comme suit : inscrivons la suite
des nombres : 0, 3, 6, 12, 24, 48, 96, 192, 384... Ajoutons maintenant
le nombre 4 à chacun d'eux : 4, 7, 10, 16, 28, 52, 100, 196, 388...
Si nous exprimons les distances des planètes en Unités Astronomiques,
c'est à dire en fonction de la distance Terre - Soleil (1
UA = 149 597 870 km), nous trouvons une relation étonnante, la loi
de Titius-Bode où D = 0.4 + 0.3 (2 n) où n correspond
au rang des planètes compté à partir de Vénus.
Cette drôle de loi décrivait effectivement remarquablement
bien les positions réelles des planètes en orbite
autour du Soleil.
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Mercure
|
Vénus
|
Terre
|
Mars
|
?
|
Jupiter
|
Saturne
|
valeur de n
|
-
|
0
|
1
|
2
|
3
|
4
|
5
|
Loi de Titius - Bode |
0.4
|
0.7
|
1.0
|
1.6
|
2.8
|
5.2
|
10
|
Distance réelle en UA |
0.39
|
0.72
|
1.0
|
1.52
|
?
|
5.2
|
9.55
|
Cette loi empirique avait cependant un accroc : elle prédisait
l'existence d'une planète entre Mars et Jupiter, à environ 2.8
Unités Astronomiques. Planète que personne ne trouva...
au tournant du XIXe siècle, un grand espace vide s'étendait donc entre
Jupiter et Mars.

Lorsque le 1er janvier 1801, Piazzi découvrit fortuitement Cérès,
il eût l'espoir d'avoir comblé ce trou. mais très
vite, il fallut déchanter : Cérès était
bien trop petite pour mériter le titre de planète;
tout juste 1003 km de diamètre ! Un an plus tard, l'astronome
Olbers découvrit une deuxième petite planète, Pallas (608 km de
diamètre) à peu près à la même distance.

H.W. Olbers (1758-1840)
Puis, ce fut le tour de Juno, puis de Vesta. Les découvertes se
succédèrent à un rythme rapide. L'évidence crevait
les yeux : l'espace libre laissé par la loi de Titius-Bode entre
les orbites de Mars et de Jupiter était peuplé par une myriade
de planètes mineures que l'on baptisa astéroïdes sur la proposition
de l'astronome William Herschel. En 1868, 100 astéroïdes
avaient déjà été repérés.
Aujourd'hui, tous ces corps constituent la Ceinture principale des
astéroïdes, située entre Mars et Jupiter.
Que reste-t'il aujourd'hui de la "loi de Titius-Bode",
si séduisante au premier abord ? Le baptême du feu
des observations astronomiques lui a été fatal : il
n'y a pas de véritable planète entre Mars et Jupiter.
En particulier, la découverte de nouvelles planètes
comme Uranus et Neptune ont eu raison de la loi de Titius-Bode :
les astronomes se sont vite aperçus que plus on s'éloigne
du Soleil et plus grandit l'écart entre les prévisions
de la loi et les positions réelles des planètes.
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Les connaissances modernes ont néanmoins permis d'expliquer
les raisons de la répartition des orbites des planètes
du système solaire : il existe des phénomènes
de résonances entre les orbites. Certaines orbites autour
du Soleil sont ainsi suffisamment stabilisées pour que des
planètes s'y soient développées. A l'inverse,
d'autres orbites sont soumises à des effets de marées
gravitationnelles qui y interdisent toute agrégation stable
des cailloux circulant dans cette région et, "a fortiori",
toute naissance d'une vraie planète. C'est ce qui s'est passé
au niveau de la ceinture des astéroïdes que l'influence
du champ gravitationnel de l'énorme planète Jupiter
a empêché de former une planète lors de la naissance du système
solaire.
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